SIDONIE.

Je m’appelle Sidonie et je suis en prison

Ma vie n’est pas drôle, être privée de liberté est la pire des choses qu’il puisse arriver dans l’existence. C’est une prison très bizarre, elle est claire, moderne, spacieuse, fleurie, on a de a place, tant que d’autres détenus ne viennent pas nous rejoindre. C’est une prison collective, un nouveau concept, parait il…Nous sommes plusieurs dans la même cellule, de ce fait, on s’ennuie un peu moins, on discute, on échange des idées. Par contre, si l’on est pas du même avis, ça tourne vite au pugilat et certains se battent.

L’autre jour, René et Gaston se sont tapés dessus pour une sombre histoire de place pour dormir, tous les deux volaient la même  à l’abri derrière une grande plante. C’est Gaston qui a gagné et René en a été quitte pour un bras cassé. Quelqu’un de l’extérieur, un type vêtu de blanc est venu le chercher, un infirmier sans doute, depuis personne ne l’a revu. Je me demande ce qu’il est devenu. Tous les jours j’espère qu’ils vont le ramener , mais toujours rien, malgré tout, je continue à espérer, je l’aime bien René, c’est un bon copain.

Ce qui est plutôt sympa dans cette prison c’est qu’elle est mixte, garçons et filles sont mélangés. De temps en temps, évidemment, il y a quelques naissances, la nature est ainsi faite. Etre ensemble nuit et jour engendre quelques désirs bien légitimes. Les bébés sont mis à part dans une pouponnière le temps qu’ils grandissent, ensuite ils nous rejoignent.

Moi, j’ai un amoureux, il s’appelle Charles  et nous nous entendons bien , il est gentil et me protège contre ceux, qui parfois, voudraient me draguer.

Lorsque l’on entend quelqu’un de l’extérieur s’approcher de notre prison, avec Charles on se cache derrière de la verdure, on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve. Nous sommes des prisonniers, des condamnés, il ne faut pas l’oublier. Certains ont disparu ainsi, on est venu les chercher et ils ne sont jamais revenus. Ne me demandez pas ce que j’ai fait pour être enfermée ainsi, je ne sais pas. Mais souvent j’ai peur. Charles me dit que j’étais là au mauvais moment et que j’ai dû voir quelque chose qu’il ne fallait pas, bizarre quand même, je ne souviens de rien.

Les disparitions presque journalières de nos copains m’inquiètent. Je sais qu’un jour ce sera mon tour  » de passer à la casserole »,  comme on dit. Alors, en attendant ce moment fatidique, avec Charles, on ne se quitte pas, on vivote et on s’aime.

Ce soir c’est le réveillon, il y a des guirlandes, des lumières qui scintillent un peu partout. La décoration est magnifique et on entend un orchestre qui répète avant que la fête commence. C’est l’effervescence, on change d’année mais ce n’est pas pour cela que l’on va nous libérer. Même un premier de l’an, il n’y a pas de miracles, au contraire, ce matin, quatre types en blanc sont venus chercher quatre de nos copains. Les pauvres se sont débattus, mais rien n’y a fait, on leur a mis les menottes et on les a embarqués. Je déteste celui qui a l’air d’être le chef, c’est un petit gros potelé et rougeaud, si je pouvais , si j’étais libre, je le tuerais, au moins je saurais pourquoi je suis enfermée. Avec Charles, on a senti le coup venir et on s’est vite planqué. Ni vu, ni connu, ce soir, ce n’est pas encore notre tour.

C’est à minuit pile qu’il se passe une drôle de chose…La fête bat son plein. De derrière les vitres de notre prison, nous regardons les autres, ceux qui sont libres, ils rient, ils chantent, ils dansent, ils boivent du champagne, la vie est belle.

Un grand bruit soudain couvre celui de l’orchestre et les rires des participants. Le sol tremble, ébranle notre cellule, des cris accompagnent cette secousse, nous sommes propulsés les uns contre les autres. Devant nos yeux hagards, ceux qui dansaient quelques minutes plus tôt, se cognent les uns contre les autres, tombent et roulent sur le plancher en pente entraînant avec eux notre prison dans cette descente vertigineuse et inexpliquée. Avec Charles, nous nous cramponnons l’un à l’autre, nous ne comprenons pas. Que se passe- t – il ? Serait-ce un tremblement de terre ? Un tsunami? La fin du monde ? Une météorite qui vient de nous tomber dessus ?

Tout va alors très vite..Devant nos yeux ébahis, le plafond de la salle des festivités s’écroule, entraînant avec lui tous ces gens heureux de fêter le nouvel an et notre habitacle maudit qui roule et se retourne. De la brèche ouverte dans le plafond s’écoule des tonnes d’eau , noyant en quelques minutes cette masse humaine enchevêtrée.

Charles et moi, nous nageons côte à côte sans aucun problème. Ce nouvel an est pour nous le plus beau de notre vie, il a le gout de la liberté.

L’eau est glaciale, mais qu’importe..Par une fenêtre brisée, nous rejoignons la mer. Nous évitons quelques énormes morceaux de glace qui viennent à notre rencontre. Des corps flottent tout autour de nous et s’enfoncent lentement dans les flots troubles qui les aspirent.

Nous continuons à nager allègrement…Rien de plus facile pour une langouste et un beau homard bleu, enfin libérés de leur aquarium. D’autres compagnons d’infortune , enfin libres se joignent à nous et tandis que nous nous enfonçons dans l’eau grise cette nuit de nouvel an, nos yeux perçants lisent sur la proue du paquebot englouti par les flots et brisé par un énorme iceberg, son nom : « LE TITANIC ».

LE TEMPS QUI PASSE…

Le temps qui passe m’a laissé au bord du chemin et je me suis assisse dans la mousse qui le borde. Je suis restée longtemps à l’abri des genets aux pépites d’or baignées de soleil. Là, souvent j’ai trouvé l’apaisement dans ce silence un peu bleuté…Puis, lorsque la fraîcheur s’est installée , je suis partie.

Ce chemin je l’aime, mais aujourd’hui, des ombres clairsemées , celles qui m’accompagnaient , appuient douloureusement sur des places désormais vides. Le temps avant de s’en aller a abandonné des souvenirs , toujours en moi ils dormiront à l’abri des intempéries  de la vie. L’absence fait mal.

Pourtant, ce matin, à la place du gel qui blanchit le chemin, le Renouveau a ouvert la porte au Printemps et celui-ci s’est faufilé. Le bleu a envahi le ciel  et des crocus ont percé la terre, répandant une guirlande colorée  aux parfums nouveaux sur l’herbe encore mouillée de l’hiver. La mémoire ne s’éteint pas et des images fugitives jailliront encore  baignant un instant de tristesse des moments heureux vécus ensemble.

Demain sera autre.

J’AI FAIT UN RÊVE …

La fin de cette journée d’été s’estompe à l’horizon sur les Monts d’Aubrac  et les couvre de filaments de cuivre ourlés de mauve. C’est à cette heure là que la lumière est la plus belle, elle vibre dans l’air et caresse la peau sans la brûler.

Assis sur le petit muret qui surplombe la vallée du Lot nous sommes silencieux et pensifs. Demain, il faudra quitter ce coin de paradis , rejoindre la ville et laisser pour un an le souvenir de ces belles vacances enfoui dans nos cœurs.

Je ne sais comment je vais pouvoir me passer de ces aubes vermeilles qui se lèvent derrière le Plomb du Cantal et enrobent l’air d’une douceur de miel. Comment accepter de ne plus sentir le parfum tiède du jardin qui s’endort , de la menthe sauvage et du thym ou celui plus lourd des tomates mûres ? Quitter ces belles choses qui ressemblent au bonheur est une déchirure que je ne peux maîtriser. L’émotion me gagne  et quelques larmes que je ne peux retenir coulent sur mes joues bronzées.

Je ferme les yeux sur les derniers rayons de soleil qui éclaboussent le ciel devenu ocre tandis que je sens sa main chaude se glisser dans la mienne et la serrer très dort. Je pose tendrement ma tête sur son épaule, mes longs cheveux blonds lui caressent le cou. Nous restons un long moment ainsi.

L’horizon se mêle au ciel et l’embrase de couleurs flamboyantes. Une brise délicieuse se faufile entre les blés prêts à être coupés et nous enveloppe d’un léger voile blond fait de poussières dorées.

Il me  murmure : « Viens on rentre » et nous quittons le muret.

J’ ai 18 ans et je suis amoureuse.

 

 

JE DÉTESTE L’AMOUR !

Comme la vie me semble douce. Allongée dans l’herbe, je laisse les rayons bienveillants du soleil baigner mon corps abandonné aux douceurs de l’été. Je ne pense à rien, je me laisse bercer par le temps qui s’égraine et me porte dans les volutes dorées de la lumière du jour. Une brise tiède et légère fait frissonner au dessus de moi le feuillage vert amande du lilas pourpre dont le parfum embaume l’atmosphère.

Alors qu’une douce torpeur m’envahit , subitement , je sens d’instinct un danger qui me guette .Je perçois derrière moi des voix et j’entends le froissement des hautes herbes qui se plient sous le poids de quelques pas ennemis.Je veux me retourner, me sauver mais je n’en ai pas le temps.

Un bruit de tonnerre éclate dans le bleu de mon ciel. Un poids s’abat sur moi et me plaque contre le sol, la tête dans l’humus. Tout est devenu noir , je ne vois plus rien, je ne peux plus bouger, j’ai du mal à respirer, je vais mourir étouffée.

Un sursaut de vie pourtant me fait réagir, je ne veux pas m’en aller déjà, je suis trop jeune. Alors dans un ultime effort, je soulève la tête et  pousse sur mes cervicales .Je vois au loin un minuscule point de lumière, je dois l’atteindre en rampant en ménageant mon souffle et en supportant cette chaleur qui m’oppresse.

Alors que je reprends espoir, j’entends au dessus de moi des drôles de bruits et, subitement, je sens un liquide tiède couler à travers mon toit et envahir ma prison.  Un  flot foncé et piquant entre dans ma bouche, dans mon nez, me pique les yeux , je tousse, je crache, je suffoque, je vais me noyer. Le liquide me pousse, je repars en arrière, je roule, je me cogne à droite, à gauche  et finalement, je m’arrête épuisée et prête à m’abandonner à mon triste sort.

Alors que je n’attends plus rien de ce monde cruel, un miracle se produit…Un appel d’air me fait tressaillir, trembler. Le calme semble être revenu, j’ouvre doucement les yeux.Il fait jour, le toit de nuit à disparu , le soleil est là et de nouveau me chauffe le corps.

Je lève la tête et je comprends…

Je les vois s’éloigner en riant petit couple d’amoureux, ils se tiennent par la main et rient. Lui traîne une serviette mouillée et elle tient dans la main une bouteille de coca vide…

Soulagée je me hisse sur mes pattes encore flageolantes , je me secoue et en quelques bonds je quitte cet endroit où j’ai failli perdre la vie.

Alors, oui je proclame  bien fort, moi petite sauterelle, je déteste l’amour et ces jouvenceaux qui batifolent dans l’herbe fraîche une belle journée d’été.

RENCONTRES SUR INTERNET

Lorsque l’on se lève du pied gauche, ça peut durer toute la journée, le mal de crâne s’installe, les heures ne passent pas, le silence dans cette maison vide m’assomme, il fait déjà nuit. Je m’ennuie, j’ai envie de rien, j’ai sommeil, j’ai froid. En fait, comment dire ? Je suis grognon, de mauvais poil. Dans ces cas-là, j’ai faim, je mange, je bouffe. Pour la ixième fois, je vais au frigo et me sers une belle tranche de saucisson et un bon morceau de camembert qui pue à faire tomber les mouches du plafond s’il y en avait. Je me dirige vers le salon où je compte bien déguster le tout sur mon canapé avec un verre de rouge devant la télé…Je m’arrête… Une drôle de lumière bleutée clignote dans mon bureau. Je pense, à juste titre, que j’ai dû oublier d’éteindre l’ordi. J’y vais, m’assois sur mon fauteuil à roulettes et pose mes gourmandises devant moi. Je m’apprête à éteindre…lorsque j’entends une voix inconnue provenant de l’écran me dire : « Alors poupée ça boum ? »

-Hein, quoi, que ? c’est qui ? j’aimerais bien en dire plus et partir en courant mais ne peux pas, je suis collée à mon siège par la trouille !  Mon crâne cogne comme si toutes les cloches de Notre Dame faisaient un concert à l’intérieur. Devant moi, dans l’écran, un type rougeaud, en caleçon avec un gros bide et un gros pif gesticule…  « Super bien gaulée la gonzesse, encore mieux que sur la photo ! » En disant cela, il sort de l’écran un bras velu aux doigts courts et dodus comme de petits boudins et me pique mon saucisson, mon camembert qu’il avale goulûment ! Je pousse un cri et recule mon fauteuil.

Devant mon air effrayé, l’homme rit et je remarque qu’il lui manque un tas de dents… « Ben alors chérie, faut pas avoir peur, tu ne me reconnais pas je suis « Jiminy » ton petit criquet d’amour. Tu passes tes journées à draguer sur le net, y faut assumer, poupée ! ça fait longtemps que tu m’allumes, que je rêve à ta peau de nacre, à ton corps de déesse et rien ! Au fait, je suis venu avec des copains qui sont dans le même état que moi…Mort de faim !  Je n’en crois pas mes yeux, sortis de je ne sais  où, en quelques secondes, mon bureau est envahi par une horde de mecs en rut. Ils m’entourent, ils hurlent : « Moi c’est Batman 96, moi Kiwi, moi Clochette et moi Poilopatte, dit le dernier en montrant ses jambes. Les hommes en chaleur, m’entourent, j’ai peur…

S’en est trop ! la tête me tourne, un nuage rouge brouille mes yeux, la nuit m’enveloppe, je m’évanouis.

L’aube se faufile dans le bureau, l’ordinateur est éteint, le cauchemar est fini, je reprends doucement mes esprits.

Cependant, lorsque je me lève courbaturée de mon fauteuil et que je tourne la tête vers la fenêtre…Quelle n’est pas ma surprise de voir, suspendu à la poignée de celle-ci un string noir, qui vu sa taille, ne m’appartient pas…

 

 

 

PREMIERS ÉMOIS (suite et fin).

…. Pierre rit doucement mais il a pitié de moi  : « Tiens bois un coup, ça ira mieux après », me dit -il en me tendant un grand verre de beaujolais . Je sors ma main droite de dessous ma fesse droite et le prends en tremblant. Pendant ce temps, il sert la même rasade à Stephen et à lui-même.

-A notre santé ! crie t-il en passant son verre devant moi et en trinquant avec mon beau voisin. Je n’ai pas le choix, je trinque à mon tour et suivant l’exemple des deux mâles qui m’entourent, moi qui n’ai jamais absorbé d’alcool de ma vie ou bien peu, je bois cul sec.

Les effets de ce breuvage démoniaque ne tardent pas à se faire sentir pour nous trois. Outre le fait que j’ai de plus en plus chaud , je m’enhardis et ne repousse pas la main du beau gosse lorsqu’elle se pose sur la mienne.. Quel bonheur !

Le banquet est délicieux , cochonnailles et poulets de la ferme se succèdent , les verres de vin aussi. La tête me tourne mais je trouve cette sensation délicieuse. Je ne suis plus timide, le monde m’appartient, la glace est rompue. Nous rions et participons allègrement aux chansons paillardes en nous balançant de droite à gauche avec l’assemblée déchaînée qui hurle à tue-tête. Nos yeux brillent allumés par les vapeurs d’alcool nous sommes libres.

Je pense avoir atteint le Nirvana  lorsque Stephen , obéissant à ses hormones en ébullition me caresse la main, l’embrasse , puis me prend par les épaules et après avoir écarté mes longs cheveux blonds me lèche délicatement l’oreille, (il a du voir ça au cinéma ! ) puis pose un délicat baiser dans on cou en murmurant : « Tu es belle tu sais », (je lui fais grâce du : « T’as de beaux yeux tu sais « , ça sera pour la prochaine fois !).

Nos regards se croisent, s’aspirent, se boivent, nos bouches se rapprochent et nos lèvres s’effleurent sans plus. (Cette fois-ci c’est décidé, je ne me laverai plus jamais la bouche, ni les mains, ni le cou… Je ne laverai plus d’ailleurs, je veux garder sa chaleur) ! Je vacille, je frôle l’apoplexie, je vais tourner de l’œil. Mes hormones dansent la gigue dans mon corps enflammé. Je m’envole sur un nuage habité par une tribu de petits Cupidons prêts à décrocher leurs flèches. Alors, j’imagine la suite…Quand va-t-il m’embrasser pour de vrai,  avec la langue ?

Le banquet se termine…Il faut quitter la grange, les vendangeurs bien imbibés se bousculent, chahutent et titubent. Un instant ballottée par la foule, je me cramponne à la main de Pierre qui me tire, mais je ne vois plus Stephen. Tant bien que mal, nous nous retrouvons dehors mais mon amoureux a disparu.

Nous l’appelons, le cherchons , j’ai la gorge serrée, ma belle histoire d’amour va-t-elle s’arrêter là? Hélas oui. Je ne saurai jamais où il est parti ce soir là, happé par l’obscurité.

Pourtant la nuit pour Pierre et moi n’est pas encore terminée…Il faut le reconnaître, nous sommes complètement pétés ! ronds comme des queues de pelle..Pourtant la vie, malgré la terrible déception amoureuse que je viens de subir, me semble rose et pleine de promesses. Main dans la main, nous marchons en titubant le long d’une rangée de vignes. Le fou -rire nous gagne  ainsi qu’une envie impérative de soulager nos vessies.

La pudeur dans notre état et à cette heure avancée de la nuit ne nous concerne pas. Pierre arrose de cet engin que je ne possédé pas le ceps de vigne devant lui de droite et de gauche, de haut en bas, tandis que moi, les fesses tournées vers la lune, accroupie dans l’herbe, j’en fais autant sur le ceps voisin. Nous rions de plus belle et gloussons comme deux dindes joviales qui ne savent pas encore qu’elles seront bouffées à Noël.

Nous arrivons devant la maison endormie. Il ne faut réveiller personne et surtout pas mémé Fifine ! L’exploit est difficile avec cette envie de rire qui nous chatouille la gorge et nos pieds, ses ingrats qui se mélangent. La terre nous  semble bien basse.

Dans escalier qui mène à nos chambres côte à côte sur le palier du premier étage, nous pouffons comme deux sales gosses. Puis sur un ‘ »chut tais-toi » , nous nous séparons. Je m’écroule tout habillée sur le lit et m’endors au bout de quelques instants. A côté, je pense que Pierre en fait autant.

Un mal de crâne m’enserre la tête, mes yeux refusent de s’ouvrir, les souvenirs de la nuit remontent doucement dans ma tête embrumée…On a cogné à la porte, on parle sur le palier, je regarde sur la table de nuit mon réveil, il a disparu. Je ne comprends pas où je suis… Mémé rentre… Elle crie et je sens mon cerveau se déglinguer !

-Il est 11 heures, debout la dedans ! Regardez moi ces deux couillons, ils se sont trompés de chambre ! Tu ne vois pas que tu es dans la chambre de ton cousin et tu n’es même pas en pyjama ! Vous deviez être frais hier soir ! Ah ! elle est belle cette jeunesse , de mon temps…

-Non, mémé , stop, mal au crâne , je lui dis en rabattant le drap sur ma tête.

Pierre apparaît sur le pas de la porte, les cheveux en bataille, hagard et aussi abruti que moi, il me regarde…

-Qu’est ce que tu fous dans mon lit, me dit-il en se glissant à côté de moi. Pousse-toi, tu prends toute la place.

Je bafouille : « Tu as dormi dans mon lit, on s’est trompé ! « 

-M’en fous, veux dormir, suis crevé.

La famille réunie sur le palier nous regarde an riant.

-Ils ont forcé sur le beaujolais dit papa en refermant la porte, laissons les dormir .

-Oui mais ils sont dans le même lit , ça ne se fait pas fait remarquer mémé.

-Mais on s’en moque Fifine, allez venez. Dans l’état où ils sont ils ne vont pas nous faire un petit !

Nous avons dormi ainsi, à « l’hôtel des culs tournés » jusqu’à  16 heures. Au réveil, nous étions abrutis et très étonnés d’être dans le même lit …

J’ai repris d’autres cuites depuis, mais celle-ci fut la première, avec Pierre, il nous arrive d’en reparler avec nostalgie. Si sur le moment , elle a été euphorisante et imbibée par ce premier émoi amoureux, le lendemain a été très lourd à porter…

PREMIERS ÉMOIS. (première partie).

Ah quelle douce émotion qu’un premier émoi amoureux ! La révolution? Oui , celle du corps en effervescence alors que la tête ne fait encore que rêver à ce baiser de cinéma, à ce beau mâle au torse velu qui enlèvera la belle sur un blanc destrier.

J’ai 14 ans (disons il y a quelques décennies de cela ) …Je suis en vacances dans le Beaujolais avec la tribu familiale papa, maman, les tontons, les tatas et surtout mes  cousins-cousines, tous a peu près du même âge. Nous sommes 7, comme les 7 petits nains, avec à la tête de tout cela, non pas Blanche Neige, mais notre Mémé Fifine. Elle gère  tout d’une main de maîtresse femme et a loué une vétuste maison paumée  au milieu des vignes, sans confort, mais suffisamment grande pour nous accueillir tous durant les vacances. Il n’y a pas d’eau au robinet mais à la fontaine et deux petites « cabanes-WC » au fond du jardin où aiment folâtrer quelques MAM (vulgairement nommées mouches à merde).

Bref, comme la rentrée des classes à cette époque révolue se fait le 15 septembre (Eh oui! belle époque pour nous, moins pour es parents) . Mon cousin Pierre et moi, nous décidons de faire les vendanges afin de gagner un peu de sous. Les autres, feignants, préfèrent rester au lit le matin et glandouiller le reste de la journée.

Le jour J, nous voila partis, (non pas à la guerre, mais juste 100 mètres plus loin), sous les applaudissements des parents, jusqu’à la ferme de Monsieur Lavernin, le vigneron. La serpette à la main, les chapeaux de paille vissés sur le crâne, nous avons fière allure.Les 5 autres veinards encore enfouis sous leur couette, dorment les doigts de pieds en éventail. Il est 8 heures, un peu tôt, je l’avoue.

-Vous n’êtes pas là pour rigoler ! hurle le chef, je veux du rendement! Vous avez chacun une rangée à faire…pour commencer…avec Pierre, on se regarde, inquiets, les rangées s’étalent et vont chatouiller l’horizon…On aurait peut-être mieux fait de rester au plumard comme les copains ! Le chef distribue à chacun un panier, quand je  dis « panier », bof ! ce n’est pas celui du petit Chaperon rouge qui va porter un pot de beurre et de confiture à mère-grand ! Non, celui qu’on nous colle sous le nez ressemble plutôt à une lessiveuse , de quoi y faire bouillir les draps d’un régiment au complet…(ou presque!)

Tantôt accroupis ou à  quatre pattes, avec Pierre, nous avançons doucement, il faut dire que l’on ne se gène pas pour boulotter au passage quelques belles grappes juteuses et ensoleillées.

Sous les moqueries des cousins nous rentrons à la maison vers 18 heures, crevés fourbus d’autant plus que le raisin absorbé, le traître, fait son office de nettoyant intestinal, il nous broie le ventre accompagnant nos plaintes d’une symphonie digne d’une trompette bouchée. Heureusement il y a deux cabanes pour nous accueillir.

Le lendemain, privilège de la jeunesse de se réparer vite, nous sommes en pleine forme et prêts à affronter un nouveau jour ensoleillé et surtout à ne pas manger autant de raisins qu’hier, une fois suffit… Les jours défilent, avec mon cousin, nous tenons le rythme et je prends gout à cette ambiance chaleureuse et chahuteuse.

De plus, j’avoue que j’ai repéré un petit blond d’environ une quinzaine d’années qui me plait bien. A chaque fois que mon regard croise le sien, je sens mon cœur, tel un ventilateur , faire quelques tours sur lui-même et mes joues se teinter d’un cramoisi prêt à s’enflammer. Cependant, ma timidité, au bout de quelques secondes, me fait baisser les yeux sur ma grappe de raisin et je me collerai bien une baffe de ne pas avoir le courage d’affronter ses beaux yeux bleus !  Je pense que lui n’est pas insensible à mon charme certain, mais comme moi, il n’ose pas m’adresser la parole….Alors, comme deux jeunes couillons , on s’observe. Notre belle histoire d’amour pourrait s’arrêter là …Mais pour fêter la fin des vendanges, Monsieur Lavernin a organisé le dernier soir dans sa grange, un grand banquet pour tous les vendangeurs.

Pierre et moi nous sommes libres, loin des parents et des interdits , mais très prés des bouteilles de Beaujolais. Pierre a repéré notre manège à Stephen et à moi (puisque tel est le nom du beau blond) et se débrouille pour que nous soyons tous les trois à la même table et moi entre les deux mâles.

Je jette un regard angoisse à Pierre, qui lui, avec un grand sourire me murmure à l’oreille : « A toi de jouer cousine  » ! Je me demande bien à quoi, je peux jouer? Je n’ai jamais testé mon pouvoir de séduction si ce n’est dans mes rêves, quant à mon expérience sexuelle , elle en est encore à la case départ.

En enjambant le grand banc de bois pour m’asseoir à la table, ma cuisse bronzée et en short frôle la sienne et nos chaleurs se rencontrent…

Que dire que faire ? Je sens mon cœur, outre jouer au ventilateur, faire en plus un double salto dans ma poitrine encore bien plate, ressemblant, je l’avoue à deux œufs au plat sur une planche à pain….Quant à mon cerveau, il bouillonne , il gonfle, j’ai peur qu’il ne sorte de ma tête et s’extirpe par mes oreilles…Je crois bien que quelques étincelles jaillissent dans un crissement joyeux  de nos jambes dorées de soleil et je sens mes joues rougir de plaisir. Est-ce- cela ce doux tourment que l’on nomme le coup de foudre ? L’amour c’est ainsi , il ne se commande pas…

Bien sagement assise sur le banc, mes mains tremblantes coincées sous mes fesses, je ne bouge pas. J’essaie seulement de me calmer, de retrouver une respiration normale, je n’ose même pas le regarder, je reste raide, le regard fixe.

-C’est quoi ton nom ? Je n’en reviens pas, le beau gosse m’a parlé et il faut que je lui réponde.

-Euh! C’est le seul mot que je peux sortir. Est-ce que par hasard, je ne me souviendrai plus de mon nom ? L’instant est grave ! ….

 

… MAIS QUE VA-T-IL SE PASSER ?

NOS TOURTEREAUX VONT-ILS CONCLURE ?

SI VOUS VOULEZ LE SAVOIR …RENDEZ VOUS DEMAIN…VOUS NE SEREZ  PAS DÉÇUS…